À l’asso du droit du travail

Ils travaillent pour des ONG, des petites structures d’éducation populaire, des associations caritatives, culturelles, locales ou nationales. Ils ne comptent pas leurs heures, finissent tard le soir en réunion et bossent le week-end sur des forums, événements publics ou autres fêtes de quartier. Ils sont en Contrat unique d’insertion (CUI), Contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE), Emploi-tremplin, CDD, stage… Parce que cela coûte moins cher qu’un contrat de travail lambda, dans un contexte ou les associations rajoutent des trous à leur ceinture faute de subventions publiques. Ils ont un Bac + 5 et gagnent à peine plus du Smic, quand certains de leurs collègues touchent 540 euros par mois pour 24 à 48 heures hebdomadaires dans le cadre d’un « service civique ».

Mais alors, qu’est-ce qui fait courir les salariés du secteur associatif ? La réponse communément admise, celle qui justifie la banalisation de la précarité, tient finalement en trois mots : ils aiment ça. C’est bien connu, les salariés du secteur associatif sont des passionnés. Ils ont fait le choix d’un métier porteur de sens, d’une mission professionnelle en accord avec leurs valeurs ? Et bien, qu’ils assument de sacrifier leur vie sociale et de manger des pâtes tous les soirs en se dévouant corps et âmes à leur activité.

En raison du nombre croissant d’associations et de leur professionnalisation depuis deux décennies, les salariés du secteur associatif n’ont jamais été aussi nombreux : il en existe aujourd’hui 1,8 million. Une petite poignée d’entre eux a monté il y a peu le syndicat Asso (Action des salariés du secteur associatif, affilié à l’Union syndicale Solidaires), qui a pour ambition de défendre les droits des salariés, volontaires et stagiaires du secteur associatif. Un pari osé. En effet, sous prétexte que la frontière est floue entre engagement militant et salariat, les questions de droits du travail y sont souvent taboues. Il est assez courant, par exemple, que des salariés qui se risquent à réclamer des journées de récupération se fassent rembarrer par leur direction : « Tu penses à tes heures, alors que des bénévoles donnent de leur temps gratuitement et sans contrepartie ! On n’est pas à la préfecture ! »

Il est pourtant choquant, lorsqu’on travaille pour une association qui lutte contre la pauvreté en Haïti, d’être contraint de survivre à Paris avec une indemnité de stage de 400 euros par mois. La fin doit-elle justifier les moyens ? Le secteur associatif regroupe de multiples domaines : culture, international, social, santé, citoyenneté, sport, etc. Ce qui fédère cette diversité, c’est la dimension non lucrative : les associations contribuent à la vie sociale et économique sans pour autant se situer dans une démarche de profit. Ici plus qu’ailleurs, il est nécessaire de traduire la solidarité en actes, de faire valoir des exigences en matière de droit du travail et d’implantation syndicale. La création de ce syndicat est une excellente nouvelle : le monde associatif s’arme enfin d’un char d’Asso pour défendre ses salariés.

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