Cent vingt mille à Bastille !

« On sera combien à la Bastille ? »

mélenchanteurs

Tandis qu’approchait le 18 mars, je faisais mon petit sondage auprès de tous les militants que je croisais : « Et toi, combien crois-tu qu’on sera dimanche à la Bastille ? ». On attendait officiellement entre 20 et 30 000 personnes. Sachant que 200 cars devaient monter sur Paris, que les meetings en région réunissait près de 10 000 personnes, on faisait les calculs. A la louche, il était logique qu’on dépasse les chiffres annoncés.

40 000, 50 000… A partir de 60 000 on commençait à se chambrer. Fallait pas abuser non plus. De mon côté, je me disais que si on avait la météo avec nous, on pourrait atteindre les 80 000. Je n’osais pas le dire trop fort. Aux journalistes qui passaient à l’Usine je disais « je ne vous dirai pas combien j’aimerais qu’on soit parce que c’est insensé et que je risque fort de passer pour une andouille ».

Et nous étions 120 000 ! Cent vingt mille !!!

Fourmillement à l’Usine du front de Gauche.

Les jours précédant le 18 mars, l’usine du Front de Gauche était devenue une véritable fourmilière. Des dizaines de personnes s’affairaient dans tous les sens : l’assemblage des kits militants, la peinture des banderoles, le découpages des cartons, la fabrication des banderoles d’affiches. On avait même dû envahir le trottoir de la rue Chassagnolle, l’Usine devenant trop petite.

A mon bureau, c’était le défilé des nouveaux Ouvriers et Ouvrières de l’Usine, venus donner un coup de main et prendre part à la formidable dynamique citoyenne du Front de Gauche.

« As-tu déjà participé à un mouvement politique ? » Et à chaque fois, même réponse : « Non c’est la première fois. »

Un jour, un homme d’une cinquantaine d’années s’est présenté. Il avait travaillé en tant que DRH dans une société de crédit revolving de Cofinoga. Au bout de 25 ans de services, il venait d’être licencié. Il avait été remplacé par quelqu’un qui ne rechignait pas à mettre en œuvre un gros plan de licenciements. « Ce que raconte Mélenchon a la télé correspond en tous points à ce que j’ai vu chez Cofinoga » me dit-il. Le lendemain à l’Usine, lui aussi participait à la fabrication des banderoles d’affiches qui allaient être accrochées le long du parcours de la marche, entre Nation et Bastille. Au même moment, j’apprenais que dans une boîte de Crédit Revolving appartenant à Cofinoga, des salariés étaient en grève contre le licenciement annoncé de plus de 400 personnes.

Le grand jour.

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Le 18 mars, j’étais à mon poste, à l’entrée de la rue du Faubourg Saint Antoine, place de la Nation. Nous étions chargés Alain et moi de distribuer les pancartes « 6ème république » qui avaient été commandées pour l’occasion, ainsi que les banderoles et les pancartes qu’on avait fabriqués à l’Usine.

J’avais souhaité être dans la foule plutôt que dans le carré de tête. Je voulais être au cœur de ce grand événement, pour bien en sentir l’ambiance. Alors mon badge de membre du Conseil National de Campagne, je l’ai directement glissé au fond de ma poche.

J’avais espéré un miracle météorologique, il n’arriva pas. Le temps était gris, et comme prévu, on a eu droit à quelques averses. Les goutes de pluie, je m’en fichais. Mais je me disais que du coup, pas mal de gens resteraient chez eux au sec. Vers 13h30, il y avait beaucoup de monde à Nation, mais on pouvait encore circuler.

Et soudain, à partir de 14h, la foule est devenue compacte. Il était devenu quasiment impossible de se déplacer. La suite, vous la connaissez. 120 000 !

Vers 16h30 la queue de la marche quittait enfin la place de la Nation. Toutes nos pancartes avaient été distribuées. Alors je me suis dépêchée, j’ai remonté toute la manifestation, par le trottoir, pour arriver à temps à la Bastille et assister au discours de Jean-Luc.

Arrivée à Bastille, impossible d’avancer. Je rêvais de mesurer 20 centimètres de plus pour pouvoir me rendre compte de l’ampleur de la foule.

Alors je me suis souvenue qu’on m’avait accréditée pour assister au discours dans la partie réservée aux journalistes. Je me suis engouffrée dans une bouche de métro pour traverser la place par les souterrains et ressortir du côté de la scène. Je suis arrivée au pied de la tribune juste au moment où Jean-Luc commençait son discours.

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Je me retournais. C’était tellement beau de voir cette place de la Bastille inondée de rouge. J’avais la chair de poule. Non Leila, tu vas pas chialer, c’est pas le moment, retiens-toi. Mais trop tard, je n’ai pas pu retenir mes larmes.

On avait réussi notre pari au delà de toutes nos espérances. C’était magique. On sentait qu’on était en train de construire quelque chose d’énorme. Nous sommes le cri du peuple, disait Jean-Luc. L’insurrection civique en marche. Nos espoirs de révolution citoyenne se concrétisent et peuvent être majoritaire.

Après le discours, j’ai retrouvé mes copains les mélenchanteurs. On était tous surexcités, malgré la fatigue. On a chanté en invitant les gens à repartir avec un kit militant, ce petit rouleau de tracts et d’autocollants.

Ce soir-là Paris avait un parfum d’insurrection joyeuse. Il nous reste un mois pour propager cette contagion ; les gens, ne ratez pas l’Histoire rejoignez-nous ! 

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