Génération(s) sauce hollandaise

Les espagnols viennent d’infliger une grosse torgnole à la social-démocratie et laissent un chèque en blanc à la droite. Pour avoir vu de près le mouvement des « indignados » à la plaza del sol de Madrid, je dois dire que tout cela me fait froid dans le dos. Cette « gauche » (qui n’en porte que le nom) a laissé s’installer minutieusement la précarité dans tout le pays. En pliant sous la tornade de la finance et du capitalisme, elle a balayé tous les espoirs d’un peuple. Aujourd’hui, elle laisse place à une droite déterminée qui n’a plus qu’à achever ce savant travail de soumission aux marchés et aux agences de notation. Merci Zapatero.
 
Ce vote sonne chez nous comme un avertissement.
Depuis trop longtemps déjà, on se coltine la droite de Sarkozy : arrogante, dure, méprisante. Dernier exemple en date du cynisme de ce gouvernement, le démarrage du travail obligatoire à très bas coût pour les bénéficiaires du RSA le jour même où sont annoncées des vagues de suppression de postes chez PSA et à la BNP.
Car ici comme partout en Europe, en bon prédateur, le capitalisme met ses premiers coups de crocs dans la gorge des plus vulnérables pour tirer vers le bas l’ensemble de la population. Les plus jeunes subissent un parcours de bizutage social parsemé de petits contrats précaires sous-payés. Les plus anciens, premières victimes des plans de licenciement, sont forcés d’accepter des contrats précaires payés des miettes en galérant toujours plus longtemps jusqu’à une hypothétique retraite. Vieux et jeunes, deux générations dans le même sac, dans la même poubelle.
 
La social-démocratie Made in France a décidé de cuisiner une nouvelle mixture à la sauce hollandaise en lançant le « contrat de génération ». En bref, l’employeur s’engage à garder un senior, le temps qu’il parte à la retraite à taux plein. Dans le même temps, il embauche un jeune de moins de 25 ans pour acquérir l’expérience du senior. En contrepartie, l’employeur est dispensé pendant 3 ans de cotisations sociales sur les deux emplois. Bien-sûr, pour ne pas trop contraindre, aucune obligation d’embaucher en CDI, juste une incitation, nous dit-on.
 
Hollande et le Parti Socialiste ont donc bien choisi de pratiquer le sport favori de la droite : les exonérations de cotisations, heu pardon de “chAAArges » sociales pour les employeurs. Bah oui, c’est évident le travail coûte trop cher aux entreprises, c’est pour ça qu’il y a du chômage. Donc on subventionne les entreprises pour qu’elles embauchent des salariés… Quand est-ce qu’on cessera ce cirque ? Cela fait des années qu’on expérimente les exonérations de “chAAArges” sous toutes leurs formes. Si ces cadeaux aux entreprises avaient permis de résoudre la question du chômage, ça se saurait !
 
Et puis, tout cela contribue à l’idée qu’une embauche, c’est un peu comme faire un don au Secours Populaire. Quand un jeune signe un contrat de travail pour une boîte, il devrait dire merci à son patron qui l’emploie non pas pour la valeur ajoutée qu’il apporte à l’entreprise, mais par charité. Alors l’Etat encourage les entreprises à poursuivre leurs bonnes oeuvres en leur offrant des cadeaux “incitatifs”. Et on oublie que c’est le salarié qui produit de la richesse et permet à l’entreprise d’exister. Vous avez déjà vu une entreprise fonctionner sans salariés ? Voilà encore un moyen d’utiliser le sous-emploi pour rendre le travail toujours moins cher et barrer l’accès au CDI devenu un eldorado inatteignable. Cessons de multiplier les sous-catégories qui opposent et mettent en concurrence les salariés sur l’autel de la précarité. Les jeunes et les seniors ne sont pas condamnés au régime des contrats spécifiques. C’est le rôle de la vraie gauche que de faire valoir l’égalité d’accès de tous les citoyens à un véritable emploi, grâce à la répartition des richesses. Ben tiens ça tombe bien, c’est justement ce que nous revendiquons au Front de Gauche.
Contrairement à la social-démocratie européenne qui a maintenant clairement choisi de rallier les politiques fétiches de la droite, nous refuserons en France ce stupide jeu d’alternance inscrit dans un bipartisme voué à servir le capitalisme et ses yorkshires de la finance.

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