L’Usine du Front de Gauche : le off #1

Dans la « cage », mon bureau au rez de chaussée de cette ancienne usine de chaussures transformée en local de campagne, j’ai répondu aux dizaines de messages reçus sur la boîte mail de l’Usine. Des gens qui demandent à faire partie de l’équipe des « Ouvrier-e-s de l’Usine ».

 

Pas de panique, je ne me suis pas convertie à l’ouvriérisme acharné. Les « ouvrier-e-s de l’Usine », c’est comme ça qu’on appelle tous ceux qui viennent filer des coups de main au local de campagne du Front de Gauche. Les « ouvrier-e-s de l’Usine », ce sont des chômeurs, des retraités, des étudiants, des graphistes, des menuisiers. Et aussi des ouvriers, des vrais.

 

Depuis quelques jours, beaucoup de jeunes proposent leurs services. Le Front de Gauche profite crapuleusement des forces disponibles de la jeunesse au chômage. Lundi dernier, Sarah, 25 ans, a débarqué dans mon bureau : « Je veux m’engager dans la campagne de Mélenchon. J’ai du temps en ce moment parce que je cherche du boulot. Et passer ma journée à envoyer des lettres de motivation, ça me déprime ». Elle a pris quelques affiches des « Vendredis à l’Usine », les soirées culturelles qu’on organise chaque semaine, et est allée les déposer chez les commerçants du quartier. Depuis, comme d’autres « ouvrier-e-s », elle passe régulièrement à l’usine pour aider sur tous types de travaux, ou juste pour boire un café.

 

A l’Usine vous croiserez des profils très différents. Ce mélange de cultures, ça crée des petits embrouilles, parfois. Moi ça me fait marrer. Didier, militant PCF de longue date, que j’ai interrogé pour faire le portrait de l’ouvrier de la semaine, m’a dit : « Au Front de Gauche on a tous nos racines à Pétaouchnok ». J’aime la formule.

 

À l’usine, il y a les coups de gueule de Michel, énervé parce que ses outils ont été déplacés. Le week-end, le soir après ses journées de boulot, pendant ses congés, Michel a construit un paquet de trucs à l’Usine. Il a posé des cloisons et du lino, fixé des étagères et un énorme rideau de théâtre sur la mezzanine, transformé des bureaux en bois en tables basses, construit une cage d’escalier, une douche, des WC handicapés. Et tout un tas de choses. Michel c’est notre ouvrier bricoleur en chef. Pour la cinquantième fois, il dit « maintenant vous vous démerdez j’arrête tout ! ». Une demie-heure plus tard, on retrouve Michel en train de bricoler dans le fond de l’Usine.

 

Depuis ma « cage », j’entends le copain qui tient l’accueil aujourd’hui pousser un cri en direction du directeur de la communication, en rendez-vous sur l’open space de la mezzanine : « Arnauld ! telephooooooone !!! ». Alban responsable du site internet, pointe son nez au balcon : « mais vous êtes obligés de hurler à chaque fois ? Vous pouvez pas prendre le message ou faire un transfert d’appel ? ». Réponse : « Bah c’est pas la peine tu nous entends de là où t’es. »

 

A l’Usine, on gare son scooter à l’intérieur, le moteur allumé. Enfin, à part quand François, le directeur de campagne de Jean-Luc, nous demande de sortir nos engins quand on reçoit du beau monde parce que « c’est pas un garage ici c’est un local de campagne ».

 

Notre gardien des lieux, c’est Yann. Il a souhaité vivre à l’Usine pendant toute la durée de la campagne, pour « qu’il y ait toujours quelqu’un sur place en cas de besoin ». Au début il avait posé sa tente Quechua juste devant l’entrée, en plein milieu du hall. Certains trouvaient que ça faisait mauvais genre. Alors, on a débarrassé un espace de stockage et il s’est aménagé une chambre. C’est plus confortable. Et ça évite les coups de gueule matinaux du genre « c’est pas un camping ici c’est un local de campagne ».

 

Bon je dois vous laisser, une grosse livraison de tracts vient d’arriver, et mon scooter gène le passage.

 

2 Comments
  1. Jo

    Leila tu as vraiment bien décrit l’ambiance de « notre » usine.
    Les coups de gueule, les visites de copains qui n’ont jamais été encartés et qui ont enfin trouvé dans le Front de Gauche une raison de s’engager.
    L’enthousiasme de vivre ensemble un grand moment historique, on avance et on y croit…
    Jo

  2. Merci,
    il ne reste plus qu’a monter des usines aux 4 coins de la france …

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