Ni schizos ni soldats, simplement des têtes dures (à propos des militants du PG)

Les têtes dures du PG ne sont pas des têtes schizophrènes. Demandez-vous un peu qui sont ces gens qui s’engagent pour la révolution citoyenne, le renversement de l’oligarchie et la réappropriation par tous des enjeux politiques face à la pensée dominante ? Qui sont ces gens qui se battent au quotidien dans leurs entreprises, dans la rue, dans les manifestations et les associations, pour l’émancipation humaine ? Seraient-ce des petits soldats dociles et malléables qui obéiraient aux ordres d’une direction sans se poser de questions ? Des êtres libres qui se transformeraient en robots dès qu’ils franchiraient la porte d’une instance du Parti de Gauche ? Au contraire, mes camarades congressistes ont prouvé le week-end dernier qu’ils ne souffraient pas de dédoublement de personnalité.

Les militants du PG ne sont pas des VRP de la révolution citoyenne, qui vendraient un produit de consommation bidon à grand renfort d’argumentaires appris par cœur dans le manuel « L’humain d’abord ». La révolution citoyenne n’est pas une marchandise de supermarché. Elle est une fin et un moyen qui imprègne notre quotidien. Elle fait corps avec nos pratiques militantes.

Lors de l’élection de la nouvelle direction au Congrès du Parti de Gauche, le week-end dernier, les congressistes étaient invités à se prononcer sur une liste de noms proposée par la « Commission des Candidatures ». Soit ils validaient cette liste, soit ils choisissaient de « panacher ». Le panachage consiste à cocher soi-même des noms dans la liste de tous les candidats. Spontanément, dans la salle, et dans les prises de parole à la tribune, les interventions ont fusé pour remettre en question les critères de choix de la Commission des Candidatures et la légitimité d’une telle liste. Nous avons eu droit à une bonne bouffée de saine polémique, vivante, et enflammée. Hués, protestations, exclamations… Rassurez-vous, personne n’a traité qui que ce soit de salopard. On réserve cette appellation aux adversaires. Entre nous on s’engueule avec respect. Et puis au PG, il n’y a pas de salopards qui font crever les peuples. Bref, au final, 80% des délégués ont décidé de « panacher ». Le panaché, ce n’est peut-être pas une vraie bière, mais ça a quand même plus de goût que de l’eau filtrée.

Souvenez-vous, pendant la campagne présidentielle, sur nos affiches, il était inscrit « Prenez le pouvoir ». Et bien dans notre organisation politique, les militants suivent cette maxime. Artisans de la révolution citoyenne au jour le jour, ils prennent le pouvoir ici et maintenant, au sein même de notre organisation. Notre parti n’est pas coupé du monde qu’il entend changer. Le mouvement que nous soufflons gagnera en force et en légitimité s’il est à l’œuvre, aussi, au cœur même de nos instances. Nous comptons aujourd’hui 12 000 adhérents. Cela fait beaucoup trop de monde pour un groupuscule d’avant-garde, mais encore largement trop peu pour un parti de masse. Soyons en phase avec la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux et accueillons à bras ouverts toutes celles et ceux qui sont en accord avec notre projet d’alternative à la sinistre alternance qui ravage notre société. A ces citoyens qui veulent contribuer à ce formidable outil politique qu’est le Parti de Gauche, il faut dire : « Bienvenue, vous êtes chez vous, faites comme chez vous, soyez vous-même ! ».

Pour finir, quelques belles paroles d’Eladio Dieste, grand architecte urugayen :

« La fin ne justifie pas les moyens. Nous ne connaissons pas la fin. Nous avons certes une image de nos objectifs, mais ils n’aboutiront jamais, si dans nos actes nous trahissons les principes mêmes qui définissent et forment ces objectifs. » 

5 Comments
  1. Anne Roux

    Chouette, un bon compte-rendu du Congrès ! – merci, Leïla 😉

    50% de panacheurs au Congrès de 2010 et 80,21% cette fois (note la précision^^) : sacrebleu, y’a de plus en plus de têtes dures dans ce parti ! 😀

  2. Sylvain

    Merci pour ce texte Leila !

  3. Clo51

    J’ai retrouvé dans ce congres la fougue, l’envie de militer et le même discours conquérant entre la base et Jean-Luc. J’ai plus de 60 ans et, comme les jeunes, j’ai contesté les listes toutes faites ainsi que les textes équivoques de ce congrès. J’ai apprécié le fait de pouvoir modifier ce qui ne nous convenait pas et c’est ce qui fait la puissance de ce parti. On lâche rien, c’est ma nouvelle devise…Avant, c’était « Hasta la victoria, siempre ! » Je n’ai rien perdu au change.

  4. Pierre Bahoum

    Un bon article, mesuré et sans préjugés.
    Merci d’avoir vraiment interprété la « saine polémique » pour ce qu’elle était : pas du pinaillage ou de la défiance provinciale gratuite et bornée, mais une réflexion politique, une volonté de bâtir notre parti tous ensemble avec des moyens de fonctionnement en adéquation avec une construction de masse.
    Camarade qui es élue au Bureau National, félicitations, je te souhaite bons courage et travail pour la suite. Ta réaction, ton attitude… ne peuvent que conforter mon optimisme quant à l’avenir de notre parti et de notre cause.
    Bien cordialement,

  5. feilipeng

    Vous avez parfaitement raison de dire qu’il y a eu de saines protestations ! Mais n’oublions pas de dire que c’est pour contester le trop grand pourcentage de candidats de la région parisienne et, surtout, qu’elles n’ont pas été écoutées !…

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