Notre campagne euphorique

« Il se passe quelque chose dans cette campagne ». Cette phrase squatte ma cervelle, et apparemment je ne suis pas la seule. Si vous voulez une preuve regardez les statuts Facebook des copains, scrutez les tweets de #placeaupeuple, lisez les notes de blog de ceux qui en ont un, ou tout simplement parlez avec quelques militants du Front du Gauche.

A un moment je me disais que c’était juste une impression perso. Juste la sensation classique des premières fois. D’une première campagne présidentielle que je menais de l’intérieur. Un truc de bleue, que d’autres avaient vécu avant moi,  dans d’autres sphères politiques.

Et je suis superstitieuse. Je me suis souvent mise devant mon clavier ces derniers temps pour rédiger une note de blog qui démarrait par « il se passe quelque chose ». Et puis j’ai flippé. Je m’arrêtais parce que j’avais peur que le fait d’écrire qu’il se passait quelque chose risquait de rompre la magie en cours. J’ai pas envie que ça s’arrête, je ne veux tellement pas être pincée dans ce rêve éveillé !

Les déceptions en politique, les désillusions, c’était devenu une habitude. A 19 ans pour ma première élection j’ai vu la tronche de Le Pen au deuxième tour puis j’ai voté Chirac. Comme baptême du feu de majorité électorale on fait mieux. Puis il y a eu le vote le nez pincé pour Ségolène royal pour éviter de se taper Sarkozy. Et on s’est quand même tapé Sarkozy. Et en vrac, il y a eu les manifs où on perd souvent à la fin. Les actions contre la crise du logement ou la précarité qui font la une des journaux télévisés, des quotidiens, et même des magazines féminins, sans qu’au final rien ne change. Les rendez-vous chez les ministres qui prennent note de vos revendications, avec à la fin un : « merci on vous rappellera ». Le lancement d’un grand parti politique anticapitaliste qui devait enflammer la scène sociale et politique et qui finit comme vous savez.

Et puis on a beaucoup disserté. On a disserté sur le pourquoi du comment de la jonction du social et du politique. Sur les dynamiques populaires et citoyenne. Sur les processus de mise en mouvement de la radicalité concrète. Et tout d’un coup tout ça on le palpe. Soudainement ces grands mots jargonneux me paraissent pompeux tellement ils expriment l’évidence. Ce ne sont plus juste des mots. Pour une fois ce qu’on disait est en train de se réaliser. On se sent dépassés, portés par un truc tellement grand.

Ça a commencé par des assemblées citoyennes où un paquet de gens de tous horizons sont venus discuter politique, exprimer leur ras-le bol, la façon dont le capitalisme était en train de s’incruster dans tous les tiroirs de leurs vies. Ca a continué avec les réunions publiques, les écoutes collective, avec à chaque fois un même objectif : expliquer, décortiquer, convaincre que la soupe que nous sert l’oligarchie est périmée, que c’est pour ça qu’elle est dégueulasse, que ça sert à rien de rajouter du sel, et qu’il existe une autre recette. 

Et puis il y a une émission de télé où Jean-Luc Mélenchon a mouché les journalistes avec bryo, le 12 janvier, sur France 2. Un tract géant. Lu par 3,5 millions de téléspectateurs. A partir de ce moment tout a basculé. Dans les yeux des gens, j’ai vu nos délires de gauchistes se transformer en ambition crédible de changer ce système qui piétine 90% de la population. Enfin, depuis trois semaines, il y a les meetings bondés, avec des dizaines de milliers de gens de toutes générations qui frissonnent, rigolent, hurlent, ou ont les larmes aux yeux. 

Dans tous les sens, on s’active. On est à fond, et ça passe tout seul. Quand on a le vent pour soi, pas besoin de ramer, il suffit de guider la barque. C’est un truc de dingue. Et tant pis pour la superstition !

 

 

 

5 Comments
  1. C’est vrai qu’on retient nos mots … Et si tout cela se terminait comme en juin 1968 (j’avais 20 ans) par un vote épouvantable de cette majorité silencieuse qui « préfère le silence des urnes aux cris de la rue » … Quoi qu’il arrive, le Front de Gauche est un formidable outil politique, celui que nous attendions tous pour (re)construire la conscience de classe … La contre-révolution se radicalise et la sociale-démocratie n’a plus les réponses adéquates à ce nouvel âge d’un capitalisme autoritaire … Vive la lutte ! Nous portons les solutions d’avenir ! Il se passe quelque chose dans cette campagne !

  2. la sardine lyonnaise

    C’est sûr, ça prend ! Je retrouve des airs de la campagne de 2005, les gens se parlent, cherchent à comprendre, c’est plus qu’un frémissement…
    Certes, ceux qui s’informent avec le Petit journal ont du mal à passer le cap (et ils sont nombreux, surtout chez les trentenaires). Mais le bouche à oreille circule et l’accueil est de plus en plus favorable lors de nos actions. A Lyon le public le plus distant est celui des étudiants, il nous faut nous rapprocher d’eux (tous les contacts seront les bienvenus). Les interventions de JLM nous aident à mieux comprendre les mécanismes et à argumenter. Quel bon prof !
    Bravo aussi à tous ceux qui l’entourent et bravo à nous, parce que comme dit Fakir « A la fin c’est nous qu’on va gagner »

  3. Ne t’inquiète pas Leila, tu n’est pas seule à le ressentir je pense que nous sommes très nombreux `tout faire pour convaincre notre entourage et à voir que « quelque chose se passe », je n’aime pas trop parler de moi mais tant pis : hier soir je parle avec ma soeur au téléphone, nous parlons de choses et d’autres et j’attaque la campagne! Ele me dit tu sais moi à 61 ans ( retraitée de l’éducation nationale) j’ai toujours voté PS je parle je parle ….. et je finis par lui parler du 18 mars on prend la bastille! Eh bien on se rejoint à Paris ce jour la, moi de Toulouse et elle de Bretagne! Avec en option 95% de chance d’un vote de plus pour le FDG. Tu voies Leila il se passe quelque chose!

  4. Le retour de la gauche épurée de ses erreurs passées mais également très remontée contre la Sarkolepsie ambiante qui nous a volé tout nos acquis, acquis durement payés, souvent au prix de la vie de nos ainés qui ont du se battre contre les exploiteurs et bien avant encore contre les esclavagistes…

  5. Lètyac

    Délinquant Inactif

    Ravage audacieux sans aucun silence,
    Sept lettres, vieil adage en avance
    Sur son temps, cette outrageuse danse :
    Le pécule vicieux de longues vacances !

    Chômage d’artisans croulant sous les charges,
    L’industrie d’éminents savants à la charge
    D’ouvriers déclinant leurs avenants en marge :
    Syndicats et patronats déconcertants, les Barges !

    Folies ironiques et insensibilités financières,
    Décrets et lois invisibles selon E-A. Seillières,
    Un marché unique, inaudible et les sorcières
    De Commissions, ristournes intelligibles des contrats d’hier !

    Licenciements abusifs, comptabilités discriminatoires,
    Commerces d’adjectifs et compétitions divinatoires,
    Métiers sélectifs sans apprentissage, manuels noirs !
    Intellectuels fautifs sont le crack, la ruée de l’Histoire !

    Ernest-Antoine Seillières : Patron du Syndicat représentant
    Des « Patrons »…

    « A Mort le libéralisme ! »

Leave a Reply