Quand l’Unédic s’endette

Lorsque je reçois une fiche de paye, j’ai plutôt tendance à l’oublier au fond d’un tiroir. Et pourtant, par les temps qui courent, je devrais prêter attention à certains détails qui y figurent. Avez-vous remarqué la ligne qui porte le titre « assurance chômage » ? Et bien figurez- vous que toutes ces cotisations chômage sont récoltées par une association loi 1901.

L’« Unédic », c’est son nom, est dirigée de façon paritaire par les syndicats de salariés et par les représentants du patronat. Dans le cadre d’une délégation de service public, cet organisme a pour mission de gérer le pactole ainsi ramassé et de le redistribuer aux chômeurs. En ce début d’année 2011, les gestionnaires de l’Unédic sont sur le point de démarrer des négociations sur une nouvelle convention d’assurance chômage. Cet accord fixera le montant des cotisations chômage et définira les nouvelles règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Lorsque l’assurance chômage a été inventée, en 1958, c’était Byzance. La France était dans une situation de quasi plein emploi et, comme il n’y avait pas beaucoup de chômeurs à qui reverser le magot, l’Unédic avait les poches pleines de cotisations sociales. Les salariés étaient assurés d’avoir de quoi manger en cas de licenciement, et les chômeurs pouvaient sereinement prendre le temps de chercher un travail sans avoir un couteau sous la gorge.

Un demi siècle plus tard, le vent a tourné. La crise économique a fait exploser les guichets de Pôle emploi. Il n’y a jamais eu autant de chômeurs à indemniser et, proportionnellement, aussi peu de salariés qui cotisent. L’Unédic s’est donc retrouvée en déficit. Rassurez vous, elle n’a pas tardé à trouver ses propres « solutions ».

Face au nombre trop élevé de bénéficiaires de l’assurance chômage, elle a mis en oeuvre une astuce simple et brutale : les radiations. Coup de fil loupé, papiers manquants, absence à un rendez-vous, refus d’une « offre raisonnable d’emploi »… au moindre faux pas, le chômeur est rayé de la liste des demandeurs d’emplois et se voit privé d’allocation chômage. Christian Charpy, directeur de Pôle emploi, annonce triomphalement entre 35 000 et 45 000 radiations par mois, soit environ 500 000 par an !

Cela ne suffit pas à remplir les caisses. Pour cela, l’Unédic pourrait taxer les actionnaires, augmenter les cotisations patronales, ou mener une politique volontariste de création d’emploi. Mais elle a préféré une solution bien plus en vogue et bien plus cynique : le recours à l’emprunt. Et grâce aux bonnes notes attribuées par des agences de notation internationales, les investisseurs se sont bousculés au portillon, au point qu’entre décembre 2009 et février 2010, six milliards d’euros ont été empruntés via l’émission d’obligations.

Amis salariés, préparez-vous à rembourser. Sur nos fiches de paie, on risque de remplacer bientôt la ligne « assurance chômage » par « dette de l’Unédic ». Car autour de la table des négociations, s’est assis un nouvel invité : le marché financier. A nous de scier les pieds de sa chaise.

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