Quand NKM manipule un bistrot du 14ème pour ses délires de campagne sécuritaires

Pour bien démarrer sa rentrée, Nathalie Kosciusko-Morizet rêvait d’une fusillade, comme à Marseille ou à Colombes. Une bonne petite fusillade, pour faire flipper les parisiens et lancer LE marronnier électoral de la droite : « l’in-sé-cu-ri-té ». Pas celle qui touche notre emploi ou notre santé, mais l’autre, la vraie, l’insécurité qui permet d’attiser la méfiance vis-à-vis des voisins tout en tirant sur la gauche-laxiste-qui-sème-le-désordre.

Rien d’anormal à ce que NKM décide de faire de l’insécurité l’un de ses principaux thèmes de campagne. Quand on est de droite, on adore faire campagne sur l’insécurité, plutôt que sur, par exemple, le chômage, l’accès aux services publics ou la justice sociale.

Le problème c’est que le 14ème arrondissement de Paris où Nathalie-Geneviève est candidate, ce n’est ni la Cité des 4000 de la Courneuve, ni les quartiers nord de Marseille. Un peu trop plan-plan comme territoire pour faire de la sécurité le thème phare d’une campagne.

Mais en cherchant bien dans les archives du Parisien, elle a trouvé… une fusillade ! Celle-ci a eu lieu il y a deux ans et demi, à la terrasse du café Plaisance, situé à la sortie du métro du même nom. Dans le cadre d’un règlement de compte, deux hommes ont été tués.

Pour NKM, ce fait divers, c’était une aubaine. Un peu comme un avion qui s’écrase et qui permet de lancer le débat sur les dangers de ce mode de transport, alors que 99,9% des avions décollent et atterissent normalement. Deux ans et demi après les faits, cette fusillade devait permettre à NKM de prouver que la zone est dangereuse, et qu’un café de convivialité est en fait le café de l’insécurité. NKM a donc choisi de tenir sa première réunion militante au Café Plaisance et explique ce choix dans le Parisien (édition du 30/08/2013) :

« Ce café a été témoin de la progression de l’insécurité il y a quelques années. Deux personnes ont été abattues lors d’un règlement de compte entre bandes rivales. Faire notre rentrée à partir de ce lieu symbolique a du sens ».

 

Je m’attable régulièrement à la terrasse du Café Plaisance, situé quasiment au pied de l’immeuble dans lequel j’habite. Le Café Plaisance, ce n’est pas le genre d’endroit où on fait la fête jusqu’au bout de la nuit, les portes ferment d’ailleurs toujours avant minuit. Les gens du quartier s’y retrouvent pour regarder un match de rugby, tandis que les salariés du coin profitent après le boulot des tarifs happy hour. L’hiver, les fumeurs apprécient une des rares terrasses chauffées du quartier aux tarifs relativement accessibles. Ici et là, en toutes saisons, un couple mange une salade sur le pouce, une grand-mère paye un diabolo-fraise à son petit-fils. Le lendemain matin très tôt, les accrocs du petit noir se donnent rendez-vous avant de prendre le métro à la station Plaisance. Au Café Plaisance, les serveurs, peu adeptes de l’aridité à la mode des brasseries parisiennes, vous accueilleront toujours avec le sourire. Le Café Plaisance est juste un café de quartier. Loin des clichés des bistrots bobos parisiens mais encore plus éloigné du petit troquet malfamé fanstamé par NKM.

Alors quand, pour son petit intérêt électoral, la candidate UMP décide de raviver le feu de l’insécurité sur les cendres de la fusillade d’avril 2011, on rit jaune au Café Plaisance… D’autant que NKM n’était pas la bienvenue au café, et les responsables du bar ne savaient pas, jusqu’à l’heure de l’événement, que celle-ci serait présente !

« Un voisin, adhérent à l’UMP, est passé nous voir. Il a demandé si il pouvait venir avec du monde le jeudi soir pour faire une petite réunion. On lui a dit ok, notre bar est ouvert à tout le monde. Jamais il ne nous a parlé de la présence de NKM. Si j’avais su qu’elle allait être là j’aurais dit non ! ».

En me tendant l’article du Parisien qui relate la réunion, le cafetetier me lâche : «  Tiens regarde. Je suis dégouté, on s’est bien fait manipuler. »

 

Dégoutés, ils ont de quoi l’être, ces cafetiers qui ont continué de faire tourner l’établissement au-delà de la violence du drame d’il y a deux ans et demi. Si personne n’a oublié ce qui s’est passé, la vie du quartier ne s’est jamais arrêtée. Ce fait divers aurait pu avoir lieu sur n’importe quelle autre terrasse du 14è ou de Paris. Au Café Plaisance, la psychose n’a jamais pris le dessus. Les tasses, les verres, les chopes, les pichets et les assiettes ont continué, continuent et continueront de se remplir avec la même ardeur. L’établissement a pu surmonter un sordide fait divers, ils survivront à cette pathétique instrumentalisation politicienne de NKM qui aurait rêvé que le bar soit déserté par les habitants pour faire valoir sa thèse d’un quartier en insécurité.

Pour sa prochaine opération de communication dans le 14è arrondissement, je lui fais cadeau d’une idée : organiser une réunion publique devant le Carrefour Market de la rue du Général Leclerc pour expliquer aux passants que le magasin est dangereux. Bah oui, il paraît que le vigile a attrappé deux pick-pockets le mois dernier. Et puis elle peut aussi manifester devant la pharmacie de la rue d’Alesia. Il y a deux SDF qui squattent en permanence sur le banc d’en face, les vapeurs d’alcool qui s’échappent de leurs bouches pourraient bien contaminer les médicaments dans les rayons. Et de fil en aiguille, si la campagne de l’UMP fonctionne, il n’y aura plus personne ni dans les restos, ni dans les boutiques, ni chez le boucher, ni chez le fleuriste. Quelqu’un a dit que la droite était l’amie du petit commerce ?

si-on-gane-le-14

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  1. Marie-Claire CERMOT

    ça sent le réchauffé pour NKM… et tout ça pour sa petite personne.
    c’est une honte. Non seulement elle est parachutée mais son parachute est enflammé. NKM on n’en veut pas. Le XIVe vit très bien sans cette pyromane sociale. Merci à vous pour ce billet éclairant.

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