Québec : un air de mai 68 dans le printemps érable ?

Des centaines de milliers d’étudiant-e-s québécois-es sont en grève depuis 105 jours. Ils et elles luttent contre une hausse des frais d’inscription de plus de 75 % qui prendrait effet en septembre 2012. Mais leur combat va bien au-delà, il s’agit de défendre le droit à l’éducation gratuite, ils rappellent ainsi que le monde n’est pas une marchandise et que nos droits ne sont pas des cadeaux mais des legs. La gratuité de l’éducation au Québec est un symbole de l’émancipation de la communauté francophone qui n’avait pas accès à l’université avant les années 1970.

Les étudiants québécois ont reconduit la grève de jour en jour et développer des modalités de lutte joyeuses et festives. Le gouvernement néo-libéral en place depuis 9 ans et rongé par la corruption, ne s’attendait certainement pas à ce qu’une génération élevée dans une société consumériste et individualiste se lève et réveille la gauche québécoise. Il a d’abord réagit par l’indifférence, puis par le mépris et l’humiliation. Depuis le 18 mai il a voté et applique une loi d’exception, la loi 78, renommée loi matraque par les jeunes. Une loi qui restreint drastiquement les libertés individuelles et collectives, le droit de manifester, de se réunir, de contester. Une loi qui donne des pouvoirs considérables aux forces répressives. Une loi qui n’aurait jamais dû passer dans un état démocratique.

Au Québec comme en Espagne ou en Grèce, les victimes de l’austérité sont criminalisées, dés qu’elles relèvent l’échine. La preuve est faite que les politiques libérales mènent à l’autoritarisme, dés lors qu’elles rencontrent une résistance. Les québécois résistent à cette loi par la désobéissance civile. Leur lutte est devenue un combat pour les principes fondamentaux de la démocratie et du contrat social.

Ils crient désormais « Charest dégage » (le premier ministre du Québec), car le pouvoir au bout d’une matraque n’est pas légitime. Ils réclament la démission du gouvernement et des élections libres. C’est tout le mouvement social québécois qui est aujourd’hui en train de les rejoindre. C’est donc une aspiration générale à plus de démocratie et plus de justice sociale qui se manifeste. Cette grève a politisé toute une génération et soulevé un peuple qui, loin de céder à la violence, oppose la force de la raison et appelle aux urnes.

Les « carrés rouges », comme sont surnommés les jeunes grévistes qui portent un carré rouge à la boutonnière ont été rejoint par les « casseroles », leurs parents, amis, voisins, bref tous les citoyens en colère qui manifestent leur soutien en tapant sur des casseroles. Car le conflit étudiant, devenu lutte sociale est désormais une crise politique qui ne peut laisser personne indifférent.

La situation au Québec n’est pas isolée. En France les attaques contre l’université, les coupes budgétaires, l’autonomisation qui est une privatisation qui ne dit pas son nom, participent de la même logique de marchandisation du bien commun de l’humanité. En France aussi les mouvements sociaux et étudiants ont été traités par le mépris, la lutte contre la LRU en 2009 comme le mouvement des retraites en 2010. En France aussi des atteintes au droit de grève et de manifester ont été votées par les gouvernements de droite. En France, enfin, nous avons dégagé Nicolas Sarkozy et sa politique austéritaire par les urnes.

Nous restons vigilants, pour que cet espoir se traduisent en acte. Élire des députés Front de gauche c’est l’assurance de parlementaires qui soutiendront les luttes pour plus de justice sociale, qui se battront pour plus de démocratie dans les entreprises, comme dans le combat pour une 6è République sociale, écologique et émancipatrice, des parlementaires qui ne céderont pas aux logiques d’austérité et de marchandisation du bien commun.

Nous remercions les étudiants québécois et les soutenons dans leur combat. Le 24 juin pour la journée mondiale de soutien http://www.facebook.com/events/294704477288184/, mais aussi avant par les différentes actions organisées par les collectifs de soutien.

Rassemblement vendredi 1er juin place du Trocadéro 19H00 : aux casseroles citoyens ! http://www.facebook.com/events/151957378271673/

Merci à Héloïse Duché pour cette contribution !

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