Retour vers le futur (chronique e-mensuel Regards novembre 2013)

J’ai repris mes chroniques mensuelles pour le magazine Regards (pour la version e-mensuel, que vous pouvez retrouver ici). Je vous fais partager celle que j’avais rédigée pour le numéro du mois de novembre 2013, et dont le thème est me semble-t-il toujours d’actualité. 

Je me souviens que lorsque j’ai commencé à militer, chez Sud Etudiant, les « vieux », qui devaient bien avoir 25 balais, parlaient tout le temps de « Quatre-Vingt-Quinze ». On était en 2001, et chaque début de mouvement social était « comme en 95 », comportait « de relatives similitudes avec 95 », ou n’avait « rien à voir avec 95 ». A voir les étoiles dans les yeux des « vieux », je comprenais que j’avais raté quelque chose de révolutionnaire. Moi, en 1995, j’avais 12-13 ans et j’étais en pleine puberté, plus intéressée par la façon dont j’allais afficher les posters du magazine Star Club sur les murs de ma chambre que par le plan Juppé.

Un peu plus tard, j’ai rencontré les soixante huitards. A chaque fois qu’on pensait inventer des actions inédites qui jamais n’avaient existé dans l’histoire du mouvement ouvrier, ils nous balançaient en pleine face « vous n’avez rien découvert, on l’a déjà fait en 68 ». Ils m’agaçaient avec leurs « c’était mieux avant ». Si leurs révolutions avaient tellement bien marché, pourquoi avait-on encore des raisons d’organiser des AG, des actions et des manifs ?

Et voilà qu’il y a quelques jours, alors qu’on discutait des élections municipales en réunion militante, j’ai lancé une phrase du genre «  il faut retrouver le souffle de 2012 ». Alors je me suis imaginée dans 5 ans ou 10 ans, quelques rides et cheveux blancs en plus, en train de sermonner : « Il faut faire comme ci parce qu’en 2012 c’était comme ça et bla bla bla ». Et bon, ça m’a moyennement fait rêver.

Oui, la campagne présidentielle du Front de Gauche de 2012 était exceptionnelle. Et effectivement, toute notre vie on pourra dire avec fierté « j’y étais ». Mais, plutôt que le vieux souvenir rouillé d’un âge d’or révolu, faisons de cette séquence un héritage qui imprègne nos luttes d’aujourd’hui. 

A moins d’une attaque nucléaire demain ou après-demain matin, l’Histoire est loin d’être finie. Transformons les mois et les années à venir en 68, en 95, en 2005 et en 2012 permanents, et surtout, sans cesse réinventés. Sans vouloir reproduire le passé, aussi génial soit-il, mais pour cette fois, à la fin, gagner le présent, et construire notre futur commun.

 

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