Starting-blocks (chronique Regards)

Cet été 2012 s’est créée l’association « Les Amis de l’Usine », qui a pour but de promouvoir l’esprit d’effervescence culturelle et citoyenne qui régnait au local de campagne du Front de Gauche durant la campagne présidentielle en organisant des activités militantes d’éducation populaire. Les copains des « Amis de l’Usine » m’ont demandé de mettre en ligne cette chronique que j’avais écrite pour le numéro de Regards du mois de mai. Rédigée quelques jours à peine après les résultats du premier tour de la présidentielle, elle est toujours et plus que jamais d’actualité 😉
Hé ! Dites-moi ! J’ai rêvé, quand on attendait 50 000 personnes à la Bastille et qu’on s’est retrouvé à 120 000 ?Je les ai rêvés tous ces gens qui ont débarqué à l’Usine, le local de campagne du Front de gauche, pour écrire des slogans sur des pancartes en carton ? J’ai rêvé quand notre candidat a fait baisser les yeux à un Front national à court d’arguments sur un plateau télé ? Était-ce une hallucination ces jeunes et ces moins jeunes qui n’avaient jamais distribué un tract de leur vie et qui, de 6 heures du matin à 23 heures, ont enchaîné les collages, boîtages, porte-à-porte, tractages, le visage toujours barré d’une grosse banane ? A-t-on mis de la drogue dans mon café pendant tous ces mois pour que j’aie cette sensation d’une montée d’adrénaline généralisée ? Nous étions montés au combat sur un canoëkayak, il s’était peu à peu transformé en gros cuirassé. On sentait qu’on pouvait renverser l’ordre établi avec cette campagne politique.Le quotidien m’envoyait des signaux en permanence. À la station-service, le mec à la caisse en voyant mon badge « Front de gauche » me lance « pourvu que ce soit lui, on n’a pas le choix ». En taxi, le chauffeur me dit qu’il votera Mélenchon. En écoutant mon cœur au stéthoscope, le médecin me dit qu’il va glisser dans l’urne le même bulletin que moi. Et puis, je m’aperçois que mon oncle, ma cousine, mes parents, mon frère, ma copine d’enfance… Des gens qui votaient PS, Bayrou, Verts, et même UMP, me disent aussi qu’ils voteront Mélenchon. Ça aussi, je l’ai rêvé ?Non, je n’ai pas rêvé, tout cela est bien réel. Le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, j’ai retrouvé mes compagnons de route. On ne se connaissait pas avant cette grande aventure. Et désormais, on parle la même langue. On s’est tous mis à porter des fringues rouges et à manger des tartines de confiture de cerise. On a nos blagues, nos références, nos réflexes. Et on ne peut plus se quitter. Dès qu’on se retrouve dans la même pièce, dans la même rue, sur la même place, le courant de l’insurrection citoyenne continue de circuler entre nous. Une énergie est née, et ce n’est pas demain la veille qu’elle ira s’affaler sur un canapé pour regarder la télé. La révolution, c’est quand même vachement plus excitant que Top Chef ou Derrick.

En fin de compte, cette campagne aura été un entraînement. Une répétition générale. On est dans les starting-blocks, prêt à repartir au combat. Les quatre millions d’électeurs du Front de gauche valent bien plus que les six millions de connards qui ont honteusement choisi dans l’isoloir un papier avec le nom de la riche héritière pleine de venin. Le nombre de bulletins de haine qui ont atterri dans les urnes le 22 avril ne pourra jamais égaler notre force joyeuse, visible, déterminée et unie comme les cinq doigts du poing dans les luttes. Les choses ne font que commencer. Et comme le dit un célèbre Fakir, « à la fin c’est nous qu’on va gagner ».

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