Vous avez dit civique ?

Marion, 24 ans, bac + 5, diplômée d’un Institut d’études politiques, travaille vingt six heures par semaine dans une association, pour 540 euros par mois. Marion fait de l’aide aux devoirs en semaine et des extras dans des bars le week-end, le tout au black, pour compléter sa maigre indemnité. Marion est en service civique. Inventé en mars 2010 par Martin Hirsch, à l’époque haut commissaire à la Jeunesse, le service civique est une aubaine pour les associations et collectivités. Pour 100 euros par mois, le reste étant à la charge de l’Etat, il donne accès à une nouvelle forme de travailleurs gratuits officiellement « volontaires ». Le service civique, ça ressemble à du scoutisme.

Le site internet de ce nouveau dispositif dégouline de bons sentiments. Le service civique permettrait au jeune de « transmettre les valeurs républicaines », de « contribuer au renforcement du lien social », de « vivre de nouvelles expériences », de « s’ouvrir à de nouveaux horizons », d’effectuer une mission d’intérêt général au service de la collectivité. Pendant six à neuf mois, les moins de 25 ans sont ainsi invités à mener des actions de sensibilisation au respect de l’environnement, à monter des actions de solidarité internationales, restaurer des monuments historiques, accompagner des collégiens en difficultés, ou encore, faire les courses et le ménage des personnes âgés.

Le tout, pour largement moins que le Smic horaire, et sans cotisations retraites, chômage où maladie. Dans le monde des bisounours où les loyers seraient gratuits et où les supermarchés offriraient gratuitement aux jeunes de quoi remplir leurs frigos, on n’aurait aucune raison de critiquer le service civique. Seulement, dans la France de 2011 où un jeune sur quatre est au chômage, la première préoccupation des jeunes, diplômés ou non, c’est de trouver un emploi. Alors, six mois de service civique, c’est moins bien qu’un emploi, mais c’est toujours mieux qu’un stage, ou, pire encore, qu’un trou au milieu du CV. L’« employabilité » vaut bien quelques mois de travail gratuit.

Après avoir enchaîné stages et service civique, le jeune espère avoir accumulé suffisamment d’expérience pour être embauché dans une association ou une collectivité. Hélas, à la mission locale, à Pôle Emploi ou sur les sites internet de recrutement, il se retrouve face à des offres de services civiques. Ainsi, la généralisation de toutes ces formes de sous-salariat détruit l’emploi. Et pas seulement l’emploi des jeunes : pourquoi employer un salarié avec un contrat de travail normal alors qu’on a la possibilité d’avoir pour peanuts des jeunes prêts à faire le job ? Le 17 mai, Jean-François Copé, a proposé d’imposer à tous les jeunes de moins de 25 ans un service civique de quatre mois, payé 350 euros. L’UMP, qui rêve de transformer le salariat en une armée de travailleurs au rabais, a ainsi décidé de surfer sur ce formidable outil que constitue le service civique volontaire en le transformant en service civique obligatoire… Pourquoi pas en esclave, tant qu’à faire ?

Leave a Reply