Leïla Chaibi

Députée européenne

Les locataires ne se laissent pas faire !

Publié le 8 octobre 2026
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Commission HOUS
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Les locataires ne se laissent pas faire !

Quand je suis entrée pour la première fois dans mon logement, censé être neuf, j’ai vomi en voyant l’état des toilettes.

La semaine dernière, je me suis rendue chez Hafsia, dans le 19e arrondissement de Paris. Elle a généreusement accepté d’ouvrir sa porte pour accueillir la première réunion des Locataires Ensemble CDC Habitat d’Île-de-France. Autour d’elle, des locataires de cinq résidences différentes. D’autres auraient voulu être présents, mais ont été empêchés.

Ils sont venus raconter ce qu’ils vivent, ce qu’ils subissent, les mois passés à alerter, les courriers envoyés, les réponses qui ne viennent pas. Et surtout, raconter ce que cela fait de ne plus se sentir chez soi.

Pourtant, ils et elles ont la niaque et ne se laissent pas faire. Dans leurs résidences, ils contactent leurs voisins, font remonter les problèmes et récemment on rejoint un groupe WhatsApp avec des dizaines d’autres locataires d’Ile de France. Tout au long de cet après-midi, j’ai été impressionnée par leur entraide, leur solidarité et leur détermination. Alors que tout semble fait pour les épuiser et les pousser à baisser les bras, ils choisissent de s’organiser et de se battre ensemble. C’est ça la force du collectif.

J’ai été empoisonnée par ma chaudière. J’ai vécu pendant des années avec 180 ppm de monoxyde de carbone. Ils n’ont rien voulu entendre.

Pendant des mois, Hafsia sentait que quelque chose n’allait pas chez elle. Elle est malade, développe de l’asthme, souffre de migraines qui la poursuivent encore aujourd’hui. Elle alerte, cherche à comprendre, se bat pour faire reconnaître ce qu’elle endure. CDC Habitat maintient que c’est dans sa tête.

Puis vient le verdict. Elle parvient à faire venir les médecins environnementaux de la Ville de Paris, qui relèvent chez elle une concentration de 180 ppm de monoxyde de carbone. C’est suffisant pour mourir intoxiqué. C’est la panique, ils lui disent qu’il faut quitter le logement immédiatement. Mais Hafsia elle y vit depuis des années, avec ses enfants. Plus tard, elle découvrira également de fortes traces de dioxyde d’azote. Elle aimerait partir, ne demande que ça, elle est traumatisée, malade, en situation de handicap. Pourtant, CDC Habitat lui refuse un logement compensatoire.

Son histoire n’est pas isolée dans sa résidence. L’été, les appartements dotés de grandes baies vitrées sans volets se transforment en véritables bouilloires. Une chaleur qui devient insupportable. Lorsque les locataires interpellent leur bailleur, ils rapportent cette réponse : « la canicule dépend de la météo. »
La météo, peut-être. Mais qu’en est-il des conditions de vie dans des logements dont le manque d’isolation rend les fortes chaleurs si difficiles à supporter ?

A la maltraitance, s’ajoute le mépris. Le mépris de classe. Comme si le fait de vivre dans un logement social, d’avoir moins de revenu, justifiait le fait de traiter les gens de la sorte.

Une autre voisine, elle, n’ose plus utiliser le chauffage en hiver. Elle a peur que ses enfants soient à leur tour intoxiqués au monoxyde de carbone.

L’humidité atteignait 100 % dans mon appartement, à cause d’une fuite que CDC Habitat n’a pas voulu prendre en charge. Ma fille a dû être hospitalisée.

Un peu plus loin dans le 19ème, Raed et sa femme paient 1 600 euros par mois pour un appartement de 75 m². Un jour, une fuite provenant de l’appartement du dessus survient. Selon Raed, CDC Habitat met vingt jours à intervenir. Vingt jours pendant lesquels l’eau s’infiltre et ravage leur logement. À l’arrivée, les dégâts sont considérables. Raed rapporte un taux d’humidité de 100 % dans l’appartement. La famille est contrainte de se replier dans une seule pièce d’une dizaine de mètres carrés, épargnée par les dégâts.

L’humidité a dégradé l’état de santé de ses enfants. Sa fille de 10 ans a été hospitalisée pour un staphylocoque.

Je me suis réveillée le visage paralysé

À Neuilly-sur-Marne, une autre locataire raconte une histoire qui ressemble à celle de Raed.
Une fuite d’eau. Des dégâts importants dans son appartement. Des demandes d’intervention qui restent sans réponse satisfaisante et pas de proposition de relogement décent.
Elle rapporte même qu’un agent lui aurait laissé entendre qu’un « petit billet » pourrait permettre de faire passer son dossier en priorité. Une accusation grave, qui appelle des explications.
Ce que cette jeune femme raconte donne toute la mesure de ce que ces situations peuvent produire. Un matin, en raison du stress qu’elle subit, elle se retrouve paralysée du côté gauche du visage.

J’ai dû choisir entre payer mon loyer ou payer mes charges.

Adda est en situation de handicap et se bat depuis plus de dix ans. Quand elle prend la parole, on sent l’épuisement. Celui de devoir recommencer, encore et encore, de réclamer ce qui devrait être une évidence, un logement digne et adapté.
Son appartement est une passoire thermique. Les factures d’énergie deviennent exorbitantes. À un moment, elle a dû choisir entre payer son loyer et payer sa facture d’électricité.
Aujourd’hui, elle est endettée et en restriction d’électricité par EDF. Elle ne peut plus utiliser son four ni son lave-vaisselle.

Menacer celles et ceux qui osent parler ?

Les habitants de la résidence Saint-Exupéry, organisés au sein d’une amicale de locataires, racontent une autre facette de leur relation avec CDC Habitat, les charges et les pressions qu’ils disent subir lorsqu’ils contestent leur bailleur. Ils dénoncent notamment des frais de ménage qu’ils jugent injustifiés, à hauteur de 37 000 euros.

Une locataire nous explique qu’après avoir interpellé une agente, elle a reçu un avertissement. Si elle ne changeait pas d’attitude, elle risquait de perdre sa place.
Des vies mises en suspens

Au fil de l’après-midi, les témoignages s’accumulent. Et avec eux, une même question : comment des situations aussi graves peuvent-elles se répéter dans des résidences différentes sans que rien ne soit pris au sérieux ?

CDC Habitat exerce pourtant une mission de service public et il est de sa responsabilité d'agir.
CDC Habitat doit prendre immédiatement la mesure de ces témoignages, apporter des réponses précises à chacune des situations, engager les travaux nécessaires et proposer des solutions de relogement adéquates pour celles et ceux dont l'appartement évoque des traumatismes.

Mais les locataires attendent aussi autre chose : que leur parole soit enfin prise au sérieux, que leurs souffrances soient reconnues et que les responsabilités soient établies.

Parce qu’un logement n’est pas une ligne comptable ou une simple adresse dans un parc immobilier. C’est un lieu où l’on dort, où l’on élève ses enfants, où l’on se soigne, où l’on construit sa vie. Quand son propre chez-soi devient une source de souffrance plutôt qu’un refuge, c’est toute une vie qui se retrouve mise à l’arrêt. Ce qui est sûr, c’est que les locataires de CDC ne comptent pas s’arrêter là, et ils ont tout mon soutien.