Tribune : la santé des salarié·es d’Amazon passe avant le maintien du marché !

Partout en Europe, les médecins du travail préconisent d’arrêter l’activité des sites Amazon.
Êtes-vous prêt à sacrifier la vie de milliers de salarié·es sous prétexte de garantir vos profits ?

Ma lettre ouverte au patron d’ Amazon Europe dans Libération.

Les entrepôts Amazon sont présents dans l’ensemble des Etats membres que nous représentons au Parlement européen. Dans le cadre du confinement général de la population et des mesures sanitaires mises en place pour faire face à l’épidémie de Covid-19, nous tenons à faire part au directeur d’Amazon Europe, M. Xavier Garambois, de notre plus vive inquiétude quant au fait que ses établissements poursuivent leur activité en mettant en danger les salarié·es.

A Bergame, épicentre de la diffusion du virus en Italie, les salariée·s sont obligée·s de se rendre dans les entrepôts pour assurer les commandes sans tenues adaptées, malgré une demande de négociation de l’organisation et de leur rythme du travail de la part des syndicats. En France, un salarié est en réanimation et au moins cinq cas de Covid-19 ont été recensés, des centaines de droits de retrait sont en cours depuis le 16 mars. Une plainte a été déposée pour refus du droit de retrait le 6 avril et l’inspection du travail française a mis en demeure Amazon en exigeant de prendre toutes les mesures pour protéger les salariés sur quatre sites. En Pologne, face au manque de sérieux des décisions sanitaires prises, les salarié·e·s se mettent progressivement en arrêt de travail. 

Partout, les salarié-e-s s’organisent pour faire pression sur la direction d’Amazon afin de préserver leur santé et celle de ceux qui les entourent.

Pendant cette période de confinement, les commandes continuent d’affluer chez Amazon. Or derrière chaque colis se cache une chaîne de travailleurs et de travailleuses qui manipulent objets et cartons à envoyer. Loin des «produits essentiels à la vie d’une nation», la grande majorité des biens sortants des entrepôts dans lesquels les «associates» risquent leur santé, sont consacrés aux loisirs. Les commandes de jeux vidéo ont augmenté de 100% depuis le début du confinement et celles d’objets de loisirs en tous genres se sont multipliées : poupées, bandes dessinées, DVD, sextoys… Selon les chiffres des syndicats, seuls 10% des produits sortants sont des biens essentiels (nourriture, produits sanitaires…), alors que ceux-ci sont disponibles dans la plupart des épiceries ou grandes surfaces. Le maintien à tout prix du marché vaut-il plus que la santé des personnes qui travaillent dans vos entrepôts ?

Chaque jour entre 200 et 400 salarié·e·s par entrepôt se rendent sur leur lieu de travail, sans tenues spécifiques pour se protéger. Les mesures sanitaires de base ne sont pas mises en place : ni gants ni masques ne sont fournis. Des distributeurs de savons ont certes été mis en place, mais comment comprendre qu’en Pologne il est reproché aux travailleurs·ses de se laver trop régulièrement les mains et de perdre la cadence ?

 

Augmenter les personnes dont l’activité est essentielle ces dernières semaines est une évidence, elles risquent leur santé pour celle des autres. Cependant, risquer sa santé pour celle d’une entreprise ne vaut pas 2 euros supplémentaires de l’heure comme vous le proposez en Allemagne. L’heure n’est plus à la carotte, ni au profit, mais à la décision raisonnée pour l’intérêt général.

Partout en Europe, les médecins du travail préconisent d’arrêter l’activité des sites Amazon. Dans plusieurs Etats membres de l’Union européenne, il est fait état de pressions exercées sur les travailleurs·euses en les menaçant de les priver de salaire s’ils refusent de venir travailler en raison de l’épidémie de Covid-19 et des conditions de sécurité sanitaires insuffisantes. Jusqu’alors il n’y a eu, à notre connaissance, ni prise de position ni mise en place de mesures contraignantes de la part d’Amazon Europe. Etes-vous prêt à sacrifier la vie de milliers de salariés sous prétexte de garantir vos profits ?

Protéger les salarié·e·s d’Amazon c’est aussi protéger les populations en limitant la propagation de l’épidémie. En tant que représentant·e·s des citoyen·ne·s de l’ensemble de l’Union européenne, nous vous demandons de fermer les portes de vos entrepôts tout en permettant aux salarié·e·s de bénéficier d’un revenu de remplacement jusqu’à la fin de la période de confinement.

Votre activité a un impact sur l’ensemble du continent. Nous comptons sur vous pour prendre pleinement votre part de responsabilité dans ce moment de crise. Tant que les mesures de protections sanitaires seront d’actualité : «Close your warehouses, stay home, make history» (1)

Leïla Chaibi, eurodéputée française, Eugenia Rodriguez Palop, eurodéputée espagnole, Özem Demirel, eurodéputée allemande, Salima Yenbou, eurodéputée française, Konstantinos Arvanitis, eurodéputé grec, Nikolaj Villumsen, eurodéputé danois, Kateřina Konečná, eurodéputée tchèque. 

(1) «Fermez vos entrepôts, restez chez vous, entrez dans l’histoire».

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