1 an de mandat, bilan personnel

1 an de mandat.

 

Il y a un an jour pour jour j’étais élue députée européenne. A l’occasion de cet anniversaire, j’ai envie de vous livrer un bilan personnel de cette première année au Parlement européen.
Ce texte n’est pas un compte-rendu de mandat au sens classique du terme (celui-ci viendra à l’occasion de l’anniversaire de la session inaugurale de la nouvelle législature, début juillet, de plus je communique déjà fréquemment sur mon activité). Je veux ici partager avec vous la façon dont j’ai vécu au quotidien cette première année de mandat et vous emmener dans les coulisses du Parlement européen.

 


Le rythme de vie chamboulé

 

Le premier chamboulement personnel est bien évidemment celui du rythme de vie. Un rythme effréné et exaltant. Une des grandes nouveautés réside dans le fait de n’être quasiment jamais au même endroit plus de quatre jours. Entre Paris, Bruxelles et Strasbourg, et puis parfois Helsinki, Mexico ou Barcelone, j’ai appris à vivre avec une valise jamais rangée et jamais vidée pas loin de mon lit.
Les journées filent à une vitesse folle avec un agenda qui fait penser au jeu Tetris des années 90. Le but étant de remplir tous les espaces vides, quitte à superposer les cases les unes sur les autres.
Ce nouveau rythme et ce nomadisme sont-ils épuisants pour autant ? Non. Je n’aurais jamais l’indécence de m’en plaindre. Il m’est arrivé par le passé d’avoir des boulots dans des calls center ou autres missions desquelles je sortais bien plus fatiguée. Ce qui est éreintant, c’est de passer des heures chaque jour à faire le même geste répétitif, à la caisse d’un supermarché ou sur la chaîne d’assemblage d’une usine. Mes journées n’ont rien à voir avec celles d’un ouvrier ou d’une caissière.
Dans le feu de l’action, on est comme emportée dans un tourbillon qui empêche de se sentir fatiguée. Et c’est finalement assez euphorisant.

 

Sessions plénières à Stress-bourg

 

Un lundi sur quatre, direction « Stress-bourg ». C’est comme ça que les Espagnols du Parlement désignent, à raison, nos quatre jours de session plénière mensuelle. A la fin d’une journée dans l’immense bâtiment de Strasbourg, il n’est pas rare que le podomètre de mon smartphone affole les compteurs entre réunions, participation aux débats dans l’hémicycle, la préparation des votes et les votes en eux-mêmes.
Ces sessions de votes sont dispatchées sur quatre jours et concernent des sujets aussi divers que le Green Deal, le Semestre européen, le respect des droits de l’Homme en Turquie, ou la situation des Ouïghours en Chine. Ces textes peuvent être l’aboutissement d’un travail ayant duré plusieurs mois, voir années, ou des rapports d’urgence décidés le lundi-même. Pour chaque texte, ce sont des centaines d’amendements connus parfois moins de 24 heures à l’avance sur lesquels il faut se prononcer, et définir une position collective de la délégation insoumise. 

 

Le syndrome de l’imposture

 

La première fois que j’ai mis les pieds au Parlement européen en tant que députée c’était quelques jours après les résultats. Après avoir signé des papiers en tous genres, déclaré le nombre de comptes en Suisse que je possède, récupéré les goodies de bienvenue, vient le moment de la remise du badge de députée que j’aurai à porter pendant les 5 années qui suivront. 
Quand on m’a remis cette carte violette avec ma photo, sur lequel était inscrit « députée européenne » à côté de mon nom, j’ai bloqué. Mon logiciel a comme bugué. Une sensation viscérale d’incrédulité. DEPUTEE EUROPEENNE. C’était écrit sur mon badge et je savais bien que ce n’était pas une blague. Mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas m’empêcher de retenir un rire et de me sentir tellement gênée face aux agents du Parlement qui m’appelaient « Madame la députée ». A mon arrivée au Parlement on ne m’a pas prise pour une assistante, on m’a prise pour une députée et c’est ça qui m’a le plus perturbée.
L’impression de ne pas être à la hauteur, d’être là par effraction. J’ai découvert il y a peu que ce que j’avais ressenti porte un nom. C’est un phénomène très courant, en particulier chez les femmes. Cela s’appelle « le syndrome de l’imposteur ». Et j’aimerais que ces quelques lignes les aident à s’en libérer.
Souvent j’aurais souhaité avoir pris le melon. Me la péter de dingue. Ne pas douter. J’assume de raconter cela ici. Je suis consciente que ce n’est pas forcément le genre de propos auxquels on s’attend de la part d’une élue, et que ce que je décris est loin de l’image de la guerrière vaillante qui combat au front le système capitaliste.

 

Quand vous subissez le “syndrome de l’impostrice”, deux possibilités s’offrent à vous. Soit vous faites du mimétisme en essayant de reproduire les codes. Soit vous décidez de vous accepter comme vous êtes, et vous vous accrochez à ce qui vous a motivé et aux objectifs que vous vous étiez fixés avant d’arriver. Et il se trouve que c’est comme cela que j’ai construit ma légitimité.
Ce qui m’a donné confiance en moi c’est le fait de me dire en permanence que je n’étais pas là pour porter ma personne et mes intérêts mais pour porter la parole de ceux que j’avais promis de représenter.

 

La force du terrain

 

Les premières semaines au Parlement européen vous vous perdez autant dans les couloirs que dans les méandres du fonctionnement législatif. 
Avec le temps, un peu de persévérance, quelques nuits blanches et surtout l’aide de mon équipe, j’ai appris à gérer les aspects techniques, même si je n’en maîtrise pas encore toutes les subtilités. Ce travail parlementaire fait partie de mes fonctions et je veux l’assumer le mieux possible. C’est essentiel de savoir comment tirer parti de toutes les règles du processus législatif pour gagner le maximum de marge de manœuvre.

 

Mais au final, ce d’où je tire le plus de légitimité, ce n’est pas de ma connaissance des procédures de fabrication des amendements et des rapports parlementaires mais bien plus de mon ancrage sur le terrain. Pendant qu’un certain nombre de députés européens travaillent au service de lobbies qui ont quasiment élu domicile dans l’enceinte du Parlement, je n’ai, de mon côté, cessé de solliciter en permanence l’avis et l’expertise des « sans-lobbies », de celles et de ceux qui se situent souvent très loin des institutions européennes, de consulter les principaux concernés par les dossiers sur lesquels je travaillais : syndicats de chauffeurs routiers ou de l’aérien, associations de mal logés, relais activistes, collectifs de coursiers à vélo, syndicats de travailleurs. 

 

Et puis, une fois qu’on comprend la façon dont les lobbies au service des puissants exercent une vraie influence sur les décisions qui sont prises dans les institutions européennes, il apparaît comme une évidence que si on veut que ce soit l’intérêt des précaires, des travailleurs ubérisés et exploités par des multinationales qui gagne, il faut les aider à s’organiser eux aussi comme des lobbies populaires. Leur permettre d’être en capacité de peser à l’échelle européenne autant que leurs adversaires. J’ai vite senti qu’impulser ces formes de lobbies populaires était l’une des dimensions les plus passionnantes de mon travail de parlementaire européenne.

 

Forum transnational des alternatives à l’ubérisation : construire des lobbies populaires 

 

Avant l’élection, au cours de la campagne européenne, je l’avais répété : en tant qu’eurodéputée, je servirais à créer des ponts entre les travailleurs européens atomisés pour les aider à s’organiser à l’échelle européenne.
Le 12 décembre 2019, j’ai vécu je crois le moment le plus galvanisant de mon année d’eurodéputée parce qu’il correspondait exactement à la façon dont je rêvais d’exercer mon mandat. Ce jour-là mon équipe et moi organisions le « Forum transnational des alternatives à l’ubérisation ». Ce qui devait être à la base une conférence sur l’ubérisation dans les locaux du Parlement européen, nous en avons fait une rencontre internationale des travailleurs victimes de l’ubérisation. A cette occasion des livreurs à deux-roues venus de toute l’Europe, des chauffeurs Uber californiens, des taxis espagnols, ont pu partager leurs colères, leurs expériences de mobilisation, mais également tisser des liens, dépasser les frontières géographiques autant que les barrières et l’isolement dû à leur statut d’emploi précaire. D’une seule voix ils se sont adressés aux représentants de la Commission européenne pour leur faire part de leur quotidien et de leurs revendications contre l’impunité des plateformes numériques qui partout dans le monde les écrasent avec les mêmes méthodes. J’ai encore la chair de poule en me souvenant de cette salle remplie de travailleurs ubérisés des quatre coins de l’Europe et au-delà. Cette initiative fut le moment le plus fort de ma première année de mandat, ma plus grande fierté et réussite. D’autant que même si la lutte pour la protection des travailleurs des plateformes est toujours en cours, l’effet du lobby populaire des travailleurs ubérisés qui a pris forme le 12 décembre dernier a déjà porté ses fruits en bousculant le poids des lobbies d’Uber et de Deliveroo.

 

 

La force du collectif

 

Rien de tout cela n’aurait été possible sans la force du collectif qui m’accompagne.
Moi, Leïla Chaibi, j’ai été élue députée européenne, et depuis un an c’est mon nom qui apparaît publiquement. C’est une grande différence avec les collectifs militants dans lesquels je me suis impliquée pendant des années, depuis Génération précaire, Jeudi Noir, l’appel et la pioche. C’est mon nom qui apparaît publiquement, pourtant tout ceci est bel et bien un travail collectif.
Celui d’une équipe parlementaire tout d’abord, celles et ceux qu’on appelle les assistants parlementaires et qui abattent un boulot incroyable, et je les en remercie pleinement.

 

C’est également le travail collectif de la délégation des 6 députés insoumis au parlement européen.
6 insoumis et insoumises, 6 têtes dures, 6 personnalités bien trempées, attachantes et engagées.

 

C’est également le travail collectif international. C’est extrêmement enrichissant de construire des combats avec des collègues danois, espagnols, portugais, de comparer nos grilles de lectures en s’apercevant que ce qui nous est toujours apparu comme une évidence est finalement surtout lié à un trait culturel français, et qu’à l’inverse il existe tellement de rapports de forces universels.

 

Et maintenant, au boulot…

 

De nombreux combats nous attendent, d’une directive contraignante sur la protection des droits des travailleurs ubérisés, à la mise en place d’une transition écologique populaire. De l’égalité salariale à la lutte contre des traités de libre-échange aussi destructeurs pour la planète qu’injuste socialement. Ma porte au Parlement européen sera ouverte pour relayer les luttes des travailleurs et des citoyens dans un hémicycle bien trop souvent opaque.

 

Cette première année de mandat a été une formidable aventure. Je suis impatiente d’en découvrir la suite ! 

 

 

 

Élections municipales, Covid-19, ouverture des parcs et austérité. Leïla Chaibi sur LCI.

Élections municipales, Covid-19, ouverture des parcs et austérité. Leïla Chaibi sur LCI.

▶️ Les municipales sont les élections de proximité par excellence. Avec le Covid-19, les conditions pour mener une campagne de terrain et aller à la rencontre des électeurs notamment ceux éloignés du numérique ne semblent pas réunies pour un scrutin en juin.

▶️ Ouvrir les centres commerciaux mais pas les Buttes Chaumont ? Ne pas ouvrir les parcs à Paris c’est encourager les gens à se retrouver dans des espaces fermés qui sont propices à la contamination du virus.

▶️ Dans la crise du Covid-19 nous subissons les conséquences des choix politiques des dernières décennies : casse du service public de la santé, accords de libre échange et politique économique qui ont conduit à la perte de notre souveraineté industrielle.

J’étais l’invitée de LCI le jeudi 21/05/2020.

Si nous sommes en guerre, taxons les profiteurs de crise !

Si nous sommes en guerre, taxons les profiteurs de crise !

🔴 Si nous sommes en guerre, taxons les profiteurs de crise !

Korian, Amazon, Sanofi, AXA… Tout le monde ne souffre pas de la crise sanitaire. Certains se gavent même pendant cette pandémie.

Nous proposons de taxer ceux qui s’enrichissent sur la crise liée au Covid-19, comme cefut le cas pour les profiteurs de guerre en 1916.

📺 Mon édito pour L’insoumission.

✍️ Signez la pétition pour taxer les profiteurs de crise 

🗞️ Lisez la tribune des parlemenaires de La France insoumise

Tribune | Nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres

Tribune | Nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres !

La «guerre» décidée par des hommes en col blanc a été menée grâce à l’envoi de femmes en première ligne. Mais en ce 8 mai, nous prévenons, ne croyez-pas que nous allons continuer à agir sans réagir.

«Nous sommes en guerre» ? Messieurs, cette guerre vous l’avez décidée entre vous – cols blancs et costumes noirs –, bien planqués dans les ministères et dans les hautes sphères où aucune femme ne vient jamais vous déranger. Votre guerre, nous et nos sœurs l’avons menée en première ligne : infirmières, aides-soignantes, assistantes maternelles, aides à domicile, agentes d’entretien, caissières, vendeuses, ouvrières du textile, enseignantes, secrétaires, employées administratives du public et du privé…

Vous jouez avec le terme de «guerre» pour cacher votre incompétence. Un mot déplacé et viril, impliquant d’aller au corps-à-corps avec la maladie. Celles qui vont se battre chaque jour contre cette contagion, c’est bien nous, les femmes. Nous qui avons maintenu le pays à flot et sauvé des vies, sans nous défiler, sans compter nos heures et souvent sans protection alors que le Covid-19 n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle. Pour des salaires de misère et dans une situation très souvent précaire. Vous, sur vos estrades et derrière vos pupitres, vous ne risquez rien.

 

Vaille que vaille

Messieurs, chaque jour, nous sommes allées travailler la boule au ventre, nous avons côtoyé la mort de près, nous avons risqué notre santé et celle de nos proches. Nous avons soigné vaille que vaille, nous avons essayé de nous occuper dignement de nos ancien·ne·s et fait fonctionner les magasins dans l’ombre. Nous avons fait tourner l’économie, même quand elle n’était pas essentielle. Pour pallier l’impréparation de l’Etat, nous avons fabriqué des masques. Nous avons désinfecté vos bureaux et gardé vos enfants. Au foyer, nous avons accumulé les charges mentales, assuré la continuité pédagogique, le bien-être de la famille et les tâches ménagères. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la journaliste Séverine écrivait «les femmes ont été des domestiques de la guerre», cette phrase retentit encore aujourd’hui.

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Messieurs, vous nous parlez de votre «monde d’après» mais il ressemble étrangement au monde d’avant. Des unes des journaux aux plateaux télé en passant par les articles, vous nous contez les leçons de la crise, entre vous, sans nous, comme avant. Dans toute la presse, seule 19% de la parole experte est le fruit de femmes. Vous profitez de l’épidémie pour nous invisibiliser davantage, pour nous renvoyer au second rang, suffisamment attentionnées pour prendre soin de vous, mais en incapacité de prendre la parole pour analyser la situation.

Ce que vous oubliez de voir, c’est que cette crise a révélé aux yeux de tou·te·s l’injustice criante dans laquelle nous vivons. Elle a rendu encore plus inacceptable la fracture de genre qui régit notre société : précarisation des métiers du lien, essentiellement féminins et indispensables, exacerbation des inégalités, accentuation de la fragilité des familles monoparentales, augmentation catastrophique des violences faites aux femmes dans la sphère privée comme dans la rue, difficultés encore plus grandes pour accéder à la santé reproductive…

 

Droits et reconnaissance

Nous sommes devenues visibles et nous ne voulons pas retomber dans l’oubli. Nous fêtons aujourd’hui le 8 mai, nous rappelant que trop de guerres sont passées, nous ont utilisées pour permettre à l’économie de fonctionner, au monde d’avancer, puis nous ont renvoyées au mutisme. Comme si de rien n’était. Pendant ces années, les femmes se sont battues pour leur autonomie et leur indépendance. Si elles ont pu voter en 1945, elles ont gardé le statut de mineures : interdiction d’avoir un compte en banque ou de travailler sans l’accord du père ou du mari. Les hommes, en rentrant de la guerre, ont remis la main sur l’économie et sur la vie de l’autre moitié de la population qu’ils imaginaient soumise. Nous ne voulons pas revivre cela, nous voulons cette fois des droits et de la reconnaissance.

Votre guerre, ce n’est pas uniquement une lutte contre un virus, elle a des conséquences globales sur nos vies. Vous ne l’avez pas préparée et c’est nous qui le payons. Par vos discours culpabilisants sur les «priorités» médicales, des femmes n’osent plus se rendre dans les centres d’IVG, droit qui n’attend pourtant pas. Les rues se vident mais le harcèlement y reste omniprésent. Les violences domestiques se sont accrues. L’enfermement ne permet aucun répit aux femmes. Cette guerre ne doit pas non plus être l’excuse d’un recul de nos droits.

Alors, Messieurs, nous ne serons plus jamais les bonnes petites soldates de vos guerres. Nous ne serons pas vos domestiques non plus. Il est bien trop facile de nous applaudir, de saluer notre dévouement et nos sacrifices. Cela vous donne bonne conscience mais ne croyez pas que cela nous fasse oublier les casseroles que vous traînez, ne croyez pas que nous allons continuer à agir sans réagir. Des casseroles, nous en utilisons souvent, aux fenêtres, elles nous réchauffent le cœur mais nous ne voulons pas retourner aux fourneaux et sans droits supplémentaires une fois qu’elles auront fini de retentir.

 

Mesdames, nous ferons front, exigeons de nouveaux droits et des moyens pour assurer, à tous les niveaux de la société et dans tous les aspects de notre vie, une égalité réelle entre les femmes et les hommes et une revalorisation salariale des métiers féminisés. C’est à nous aussi de décider pour empêcher que des hommes en cols blancs et costumes noirs déclarent des guerres. Le monde de l’après-crise sera celui de l’égalité. Nous le devons à toutes les femmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Signataires :

Aurélie Reymond, aide-soignante; Johanna Foucault, agente des services hospitaliers en Ehpad; Sylvie Paupe, auxiliaire de vie; Carole Noël, hôtesse d’accueil Carrefour Market; Fahima Laidoudi, aide à la personne, militante politique issue des quartiers populaires; Les femmes en lutte de l’hôtel Ibis BatignollesÉvelyne Paulin, infirmière; Nassima Faiq, aide-soignante; Cécile Brunet, agente des services hospitaliers; Stéphanie Fouani, couturière bénévole et solidaire; Héloïse Duché, co-fondatrice de Stop Harcèlement de rueCarine Lacrotte, aide à domicile; Géraldine Revy, enseignante spécialisée pour enfants en situation de handicap; Pauline Doussaint, étudiante en soins infirmiers; Léa Le Bricomte, artiste plasticienne; Céline Beraut, aide-soignante; Ophélie Latil, fondatrice du collectif Georgette SandMarjorie Choblet Leclair, enseignante; Marianne Maximi, éducatrice spécialisée en protection de l’enfance; Eva Oberson, pâtissière; Agathe Grimault, psychomotricienne; Elise Thiébaut, autrice; Tiziri Kandi, CGT – Hôtels de prestiges et économiques; Mathilde Larrère, historienne; Cathy Jurado, écrivaine; Corinne Sabot, aide soignante; Jill Royer, informaticienne, militante féministe et LGBTI; Youlie Yamamoto, ATTAC; Catherine Rotty, professeure d’histoire-géographie; Olivia Mokiejewski, fille de résidente en EHPAD; Marlène Jolidon, infirmière; Katia Yakoubi, travailleuse sociale; Natasha Le Roux, directrice d’une école de musique, danse et théâtre; Mathilde Julié-Viot, fondatrice du site Chair CollaboratriceChristelle Rault, enseignante; Frédérique Matonti, politiste; Catherine Faute, infirmière et syndicaliste; Gaële Le Noane, dirigeante de l’entreprise Marguerite et cie; Emmanuelle Fève, secrétaire médicale, hôpital de la Pitié Salpêtrière; Jena Selle, couturière bénévole et solidaire du 19e, militante LGBTI; Claire Charlès, secrétaire générale des Effronté-es, association féministe et LGBT; Dominique Dandonneau, professeure des écoles; Claire Arnoux, militante associative et politique; Seloua A, psychologue; Pauline Salomon, assistante juridique; Séverine Véziès, professeure en IUT; Pépita Car, assistante artistique; Corinne Cambon, employée administrative en mairie; Mathilde C., étudiante; Marion Audrain, enseignante; Pamela Hocini, juriste, chargée d’indemnisation et syndicaliste; Lisa Saunier, project manager; Nathalie De Biasi, militante altermondialiste; Armelle Andro, professeure de démographie à Paris 1, spécialisée sur les mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive; Sarah Bouin Claude, professeure.

Avec le soutien de Leïla Chaibi, eurodéputée; Anne-Sophie Pelletier, eurodéputée; Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise; Karima Delli, eurodéputée; Danielle Simonnet, conseillère de Paris; Mathilde Panot, députée; Léa Filoche, conseillère de Paris déléguée chargée des solidarités; Manon Aubry, eurodéputée; Aurore Lalucq, eurodéputée; Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de l’égalité femme/homme, de la lutte contre les discriminations et des Droits Humains; Myriam Martin, enseignante et conseillère régionale Occitanie.

Tribune : face à la crise, planifier le ciel

Tribune : face à la crise, planifier le ciel​ !

La désorganisation de l’ensemble du secteur aérien sera durable et les faillites et restructurations nombreuses. Devant l’ampleur du choc, une réorganisation en profondeur s’impose afin de faire face aux conséquences sociales et environnementales.

Les traînées des avions ont presque disparu du ciel. Les aéroports sont, par moments, devenus silencieux. Avec la fermeture des espaces aériens et les mesures de protection sanitaire, c’est tout le transport aérien qui est à l’arrêt. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Europe, le trafic est en chute de 88%, près des 80% des employé·es d’Air France sont au chômage partiel et l’aéroport d’Orly est fermé depuis le 31 mars. Si cette situation fait le bonheur de nos poumons et de nos oreilles, c’est aussi une grande source d’inquiétude pour les travailleur·euses de l’aérien. Pour elles et eux, faisons le vœu que cette crise permettra de poser de nouvelles bases pour repenser les bases d’un secteur devenu fou.

Encore plus que pour les autres modes de transport, la reprise sera difficile pour l’aérien. Selon les prévisions les plus «optimistes», il faudrait trois ans pour retrouver les niveaux de trafic de 2019 et dix ans pour rattraper la trajectoire d’avant la crise. La désorganisation de l’ensemble de la filière sera durable et les faillites et restructurations nombreuses.

Ce n’est pas seulement un secteur qui est à l’arrêt mais aussi un symbole. L’aviation est l’emblème d’un monde globalisé toujours plus rapide, mobile et conquérant. C’est aussi un parfait exemple de secteur en forte croissance totalement dépendant des énergies fossiles. L’aérien bénéficie d’ailleurs d’un traitement à part : exemption de taxe sur le kérosène et absence d’objectifs climatiques, alors qu’il est responsable d’environ 3% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre qui double si on prend en compte l’impact du forçage radiatif sur le climat (l’effet de serre créé notamment par les traînées de condensation des avions).

La croissance du transport aérien n’a pas permis d’éviter la dégradation des conditions de travail, bien au contraire. Le néolibéralisme et l’émergence des compagnies low cost ont ainsi exacerbé le dumping social, remettant en cause le droit du travail et accroissant la sous-traitance.

Remettre le modèle à plat

Devant l’ampleur du choc, une réorganisation en profondeur de toute la filière s’impose afin de faire face aux conséquences sociales et environnementales. Aussi, pourquoi ne pas considérer le transport aérien comme un secteur stratégique, à la fois pour ce qu’il permet (se déplacer sur des longues distances dans un laps de temps très court) et ce qu’il entraîne (artificialisation des terres, pollution sonore, etc.) ?

La pandémie a montré au grand jour l’inutilité du marché pour anticiper, prévoir et planifier. Dès lors, il faut créer les conditions d’une reprise en main de l’aérien par la puissance publique. Mais attention aux effets d’annonces. Si le gouvernement a décidé d’accorder 7 milliards d’euros d’aide à Air France, ce n’est en aucun cas pour changer de modèle. Le deuxième projet de loi de finances rectificative exclut de conditionner le soutien de l’Etat à des contreparties environnementales. Et ne parlons pas de conditionnalités sociales !

Pour ce faire, il est possible de nationaliser les compagnies aériennes françaises (Air France, Hop!, Transavia, Air Caraïbe, Corsair et Air Tahiti Nui) et de les regrouper dans un grand groupe public. De même pour les aéroports privatisés ou détenus en partie par l’Etat (ADP et les aéroports régionaux). De plus, pour mettre fin à la précarisation des conditions de travail, les salarié·es des entreprises sous-traitantes (bagagistes, ménages, réservations, fret, etc.) doivent pouvoir être réintégré·es au groupe public.

Avec l’appropriation publique de l’aérien, il devient possible d’instaurer un réel débat démocratique sur le rôle de l’aviation, notamment en termes de besoins des populations, d’aménagement du territoire et d’impacts sur l’environnement.

Pour ce faire, les règles du jeu peuvent être changées, en permettant aux salarié·es et à leurs organisations syndicales, aux associations environnementales et aux citoyen·nes de prendre pleinement part à la définition des objectifs à atteindre et des moyens pour y parvenir.

De l’interdiction des vols intérieurs

D’ores et déjà, des solutions sont sur la table : interdiction de certains vols intérieurs et report modal vers le train, développement des trains de nuits, interdiction du fret aérien pour les marchandises non essentielles, révision des modèles touristiques pour privilégier les destinations proches, etc. D’autres propositions sont également à l’étude comme le rationnement des voyages, en fonction de la dispersion géographique familiale. Il n’est pas question que le changement de priorités se fasse au détriment des salarié·es, ni qu’ils payent les pots cassés de la crise.

Comme l’a fait l’Italie, il est possible d’interdire les licenciements. Le financement par l’Etat des salaires des entreprises en difficulté est par ailleurs une mesure qui prend tout son sens pour répondre à la crise. Par la suite, il faut s’appuyer sur la réduction du temps de travail, sans perte de salaires, et sur les départs en retraite anticipée pour diminuer le volume de travail.

Dans le même temps, l’instauration d’une sécurité sociale professionnelle peut permettre aux salarié·es de garder la totalité de leurs droits et rémunérations le temps de se former pour retrouver un emploi dans un secteur d’activité soutenable. En parallèle de ce mécanisme de reconversion, nous pourrions instaurer un «droit opposable à l’emploi», en particulier pour les salarié·es des entreprises qui font faillite, en faisant de l’Etat l’employeur en dernier ressort.

Des exemples de transition rapide et bénéfique pour la société existent : Airbus s’est ainsi associé à Thales pour produire des respirateurs afin de faire face à la pénurie d’équipements médicaux. Planifier le ciel, c’est prendre en compte les limites de l’écosystème, planifier nos besoins et mettre en valeur les savoir-faire des travailleur·euses de l’aérien.

Signataires : Leïla Chaibi, députée européenne, Manuel Bompard, député européen, Kevin Kijko, co-animateur du livret transport de la France insoumise, Emilie Marche, co-animatrice du livret transport de la France insoumise, Danièle Obono, députée, Mathilde Panot, députée, Anne-Sophie Pelletier, députée européenne, Loïc Prud’homme, député, François Ruffin, député.

 

Tribune initialement parue sur le site de Libération.

Communiqué : Non à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mexique !

Communiqué : Non à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mexique !

La Commission européenne vient d’annoncer la conclusion d’un nouvel accord commercial avec le Mexique. On espérait que les accords de libre-échange du monde d’avant la pandémie seraient obsolètes dans le monde d’après. Au contraire, l’Union européenne nous montre qu’elle n’a pas l’intention de remettre à plat les logiques économiques et commerciales dont l’innocuité apparaît pourtant au grand jour dans le cadre de la crise sanitaire mondiale actuelle.

Cet accord est une mise à jour du pacte signé en 2000 et vise à l’étendre à des secteurs tels que la finance, le commerce électronique et l’agriculture. S’il était ratifié, cet accord serait le premier, entre l’Union européenne et un pays d’Amérique latine, à inclure un chapitre sur la protection des investissements institutionnalisant la suprématie des entreprises transnationales sur les décisions démocratiques des États.  

Lors de ma participation à la Caravane « Toxitour » en décembre dernier, j’ai pu constater à quel point l’impunité des entreprises transnationales installées au Mexique engendre un désastre sanitaire, environnemental, social et économique. Les accords de libre-échange entre l’Union européenne et le Mexique, en permettant à des transnationales d’externaliser là-bas les impacts sociaux et environnementaux de leur activité qui ne seraient pas tolérés ici, conduisent à la destruction de l’environnement, la multiplication des maladies, et l’accroissement de la pauvreté. Ils transforment un pays en « paradis industriel » pour le plus grand bonheur des Lafarge-Holcim, Véolia, et autres Saint-Gobain, et pour le plus grand malheur des populations.Ces conséquences concrètes des accords de libre-échange, je les ai directement observées sur le terrain :  les sols sont pillés de leurs matières premières et deviennent impropres à l’agriculture, les enfants meurent de leucémie et de cancer, les jeunes femmes sont victimes d’avortements spontanés, les rivières  sont polluées par des substances toxiques et l’air est irrespirable et plein de poussière. 

Aux côtés des organisations de la société civile mexicaine et européenne du Toxitour, je demande la suspension immédiate du processus de ratification du traité commercial entre l’UE et le Mexique

Tout cela doit cesser. Alors que notre planète est traversée par une terrible pandémie mondiale, l’Union européenne doit plus que jamais opérer un changement radical de sa politique commerciale internationale et repenser radicalement sa vision des échanges internationaux au vu des priorités environnementales, sociales et sanitaires. L’heure est de sauver des vies, pas de les détruire.

 

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